Stépanie LEHU, artiste photographe

Portfolio

La belle indifférence

(2011, photographies numériques contrecollées sur dibond, camisole, fiche d’internement, polaroïds, vidéo, tapisserie)

La belle indifférence (1) est un projet artistique dont l’inspiration vient de la pathologie de l’hystérie (2). Le projet est né suite à la lecture de l’ouvrage Invention de l’hystérie, Charcot et l’iconographie photographique de la Salpêtrière de Georges Didi-Huberman (1982, éd. Macula). En sa qualité d’historien de l’art, l’auteur a appréhendé les images consignées dans l’Iconographie photographique de la Salpêtrière (3) autrement que d’un point de vue clinique. Il y révèle des pratiques médicales qui utilisaient la photographie afin de mettre en scène les corps féminins des hystériques, théâtraux, abandonnés, désirants et séducteurs. C’est cette question du rapport de séduction entre patientes et médecins qui m’a interpellée. Ce rapport ambigu se rapproche souvent d’une relation égérie / artiste, révélant l’intérêt narcissique des patientes.

Pour la réalisation du travail photographique et vidéo, mon intérêt s’est porté sur la spectaculaire pose de l’arc hystérique, aussi appelée « opisthotonos » où le corps se cambre et les pieds tendent à rejoindre la tête. Les contractures transforment le corps en de véritables moments sculpturaux. Etrangement la contracture peut paraître esthétique : charme de la pose, chair blanche dénudée et parfois drapé savant font oublier ce moment de crise. J’ai joué moi-même la patiente hystérique. Il m’était nécessaire de me mettre en scène, d’incarner ce rôle comme s’il s’agissait d’une performance. Ainsi je suis à la fois le médecin / photographe et la patiente / modèle.

Les images sont accompagnées d’une fragile « camisole de séduction » composée de fin tissu transparent, de dentelle satinée, de rubans soyeux et de perles nacrées (4). La camisole perd donc toute fonctionnalité, le moindre mouvement brusque entraînerait même une déchirure. Elle devient alors une parure attirant le regard.

(1) Dans le vocabulaire psychiatrique, la « belle indifférence » désigne l’insensibilité ou l’insouciance de l’hystérique.

(2) Hystérie du grec hustera [hystér(o)-], matrice, c’est-à-dire relatif à l’utérus.

(3) Recueil de planches déclinant les troubles mentaux des femmes hystériques et de leur corps, et montrant l’importance accordée au rôle de la photographie par les scientifiques à la fin du 19ème siècle.

(4) Symbole lunaire, la perle est liée à l’eau et à la femme. En Europe, elle était utilisée en médecine pour traiter la mélancolie, l’épilepsie, la démence …


J’ai été interviewée sur mon travail photographique La belle indifférence pour un reportage traitant de l’hystérie et de ses influences dans l’art. Ce reportage est passé dans l’émission Entrée Libre diffusée sur France 5 le 22 novembre 2012.
Vous pouvez le visionner ci-dessous.

La folle et la sainte Vue d'exposition, Vaison-la-Romaine 2011 Vue d'exposition, Vaison-la-Romaine 2011 Vue d'exposition, Vaison-la-Romaine 2011 Vue d'exposition, Vaison-la-Romaine 2011 Vue d'exposition, Vaison-la-Romaine 2011 Vue d'exposition, Vaison-la-Romaine 2011 Vue d'exposition, Vaison-la-Romaine 2011 Fiche d'internement Panneau La Belle indifférence Camisole de séduction
L’hystérie - Entrée Libre - 22.11.12 IMG/flv/Entree_libre_-_Hysterie_-_22-11-12.flv
L’hystérie - Entrée Libre - 22.11.12
La Belle indifférence, vidéo 40’ en boucle IMG/flv/CrisehysteriqueStephanieLehu.flv
La Belle indifférence, vidéo 40’ en boucle

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